"Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît".
(Lino Ventura, in "Les Tontons Flingueurs". Film de Georges Lautner. Dialogues de Michel Audiard (1963)


ADRESSE AUX MILIEUX ECONOMIQUES ET
DU TOURISME NEUCHATELOIS:

A MOI, COMPTES, DEUX MOTS ! (*)

  Avez-vous appris quelque chose à la lecture de l'article de J.P. Ghelfi, économiste, paru dans la livraison de février du bulletin "Conjoncture économique" du Service cantonal neuchâtelois de la statistique ?
  Non ? Moi non plus.
  Pensez-vous que deux économistes puissent se rencontrer sans rire ?
  Non ? Moi non plus.
  De fait, hormis quelques platitudes, l'article de J.P. Ghelfi nous apprend surtout qu'en matière d'économie il sait se faire des petits sous en sus de ses copieuses retraites d'instituts bancaires. On lui tire les oreilles. Amen.

Passons.
Passons à l'économie réelle.
Tourisme d'abord.

Yes, let's go hiking on The Jurassic Archway , sweetie...

Mesdames et Messieurs du Tourisme, nous savons, depuis la découverte (1956) de l'Homme de la Grotte du Bichon, de son ours et de sa pointe de flèche, que le tourisme de randonnée pédestre est pratiqué depuis 14'000 ans au moins dans l'Arc jurassien. Les gens de Zermatt ni d'Interlaken ne peuvent en dire autant.

Ah ! la Belle Epoque de la glaciation de Würm où l'on pouvait aller de la Vue-des-Alpes, tout à plat, oui mesdames, à Chaumont admirer le panorama et les blocs erratiques offerts par le Valais.

Disons-le tout de suite, Mmes et MM. du Tourisme: le panorama offert par les crêtes arc-jurassiennes est unique en Europe et si vous ne le savez pas, c'est que vous êtes d'une ignorance très crasse.

D'une part, près de 200 km de chaîne alpine (glaciers sublimes, neiges immaculées), d'autre part, l'immense et tranquille plateau (une douzaine de fromages) jurassien et haut-doubien, jusqu'au Ballon d'Alsace et aux Vosges.

Que vous faut-il de plus ? Le Grand Canyon et le Taj Mahal ?

L'avenir du tourisme, c'est le pied et la pédale. Les spécialistes le savent bien.
Nous parlons des touristes qui viennent, découvrent et reviennent pour un pays et ses gens, c'est-à-dire d'abord pour un paysage. Il y en a, et bien plus que vous ne le supposez. Et il y en aura de plus en plus, si nous ne foutons pas tout en l'air.
Qui repartiront...avec l'envie de revenir.

Vous saisissez ?

Si nous laissons détruire nos paysages par des monstruosités d'éoliennes, alors nous aurons fait la preuve, en premier lieu, de notre mauvais goût et de notre bêtise, laquelle nous rend incapables de reconnaître et protéger nos atouts.

Dès lors les choses sont claires: soit les milieux du tourisme défendent nos crêtes contre les saccageurs, tout comme ils doivent défendre les rives du Lac et les côtes du Doubs soit ils trucident une des formes les plus supportables et prometteuses de tourisme pour la région.
Clair ?
Encore une question: pourquoi croyez-vous que l'Oberland bernois et les Préalpes vaudoises ne veulent aucune éolienne dans leurs paysages ?

Vous voulez 250 millions ou pas ? Faut savoir.

A dix milliers de mètres cubes de béton près dans les pâturages, pour les socles, et un grandissime bordel de chemins d'accès, 60 éoliennes (**) sur nos crêtes n'apporteront rien, strictement rien à l'économie régionale. Sinon des hausses du prix de l'électricité. (***)
Toute affirmation du contraire est et restera mensonge AOC.

Les éoliennes que veut le gouvernement sont, pour toutes leurs parties, fabriquées à l'étranger. Pas le moindre boulon ne provient d'ici. Rien.
Les quelque 250 millions de francs que les promoteurs, par le biais des sociétés d'électricité qui les cornaquent, devront forcément emprunter vont donc atterrir ailleurs, en Allemagne, Espagne ou Danemark.
Pour la région : peanuts.

En revanche, si des plans d'économies et d'équipements techniques (isolation, contrôle/régulation, filières solaires, blocs chaleur-force, utilisation du bois, etc, etc, etc, etc.) sont lancés, l'argent d'ici reste ici.
Il sert ici, pour les gens d'ici, avec des entreprises d'ici.

Et pas pour propulser de l'eau en l'air dans la rade de Genève.

Ceci n'est pas du poujadisme loco-régional, c'est de l'économie réelle, incertaine et imprécise mais réelle.
Ce qui est sûr, toutefois, c'est que les effets d'entraînement d'un programme "Economies et énergies nouvelles" un peu intelligent et non-bureaucratique ne vont pas se limiter aux 250 millions de francs des éoliennes. Ils iront bien au-delà (***) puisque la dépense cantonale pour les agents énergétiques est de l'ordre de 600 millions de francs par an dont 400 millions pour le trio mazout-gaz-électricité.

Mais à propos... on y revient: le revoilà !

Jean-Pierre Ghelfi, justement, notre économiste de service, pourrait fort bien se rendre utile et faire les petits comptes prévisionnels et nous dire combien, grosso modo, on peut économiser, investir et réinvestir...
A coup sûr, il adorera et fera ça gratuitement.


(*) Emprunt à haut risque à P. Corneille, Le Cid, 1636, Acte II, scène 2. Première phrase.
(**) Le coup des 59 éoliennes "officielles" - au lieu de 60 - est d'une niaiserie confondante ! Comme 99,99 francs pour ne pas inscrire 100 francs... Voir la citation de l'en-tête.
(***) Le site fournira sur demande les explications techno-économiques fondant ces affirmations.

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